Un archipel au bout du monde… à 4 heures de vol de l’Europe
Il y a des endroits qui semblent flotter hors du temps. Les Açores, c’est un peu ça : un bout de planète oublié au milieu de l’Atlantique, où la météo change toutes les dix minutes, où les vaches sont plus nombreuses que les habitants, et où l’odeur du soufre se mêle à celle de l’océan. Quand j’ai réservé mon billet, je ne savais pas encore que j’allais tomber amoureuse d’un archipel de volcans, de falaises vertigineuses et de baleines en pleine migration.
Si tu rêves d’un voyage nature, de randonnées sauvages, de sources chaudes fumantes et de rencontres avec des géants des mers, un circuit aux Açores pourrait bien être ta prochaine obsession. Dans cet article, je t’emmène avec moi entre São Miguel, Pico et Faial, sur l’itinéraire qui m’a fait passer du simple “tiens, ça a l’air sympa” au fameux “pourquoi je n’y suis pas allée plus tôt ?”.
Pourquoi choisir les Açores pour un voyage nature ?
Les Açores, c’est un archipel portugais composé de 9 îles, perdu au milieu de l’Atlantique Nord. Une sorte de Nouvelle-Zélande version Europe et budget raisonnable. Ce qui m’a attirée là-bas ? Trois choses :
- Un décor 100% volcanique : cratères, lacs émeraude, fumerolles, falaises sculptées par la lave.
- Une faune marine exceptionnelle : baleines, dauphins, tortues… l’Atlantique dans toute sa puissance.
- Des randonnées encore sauvages : très peu de tourisme de masse, des sentiers balisés mais préservés.
Et surtout, un sentiment rare en Europe : celui d’être loin de tout, au milieu de l’océan, entouré d’une nature brute qui ne fait aucun effort pour être “instagrammable”… et qui l’est quand même.
Quel circuit pour un premier voyage aux Açores ?
On peut vite se perdre parmi les 9 îles. Pour un premier séjour de 10 à 14 jours, je te conseille de te concentrer sur :
- São Miguel – la plus grande île, idéale pour les lacs volcaniques, les sources chaudes et les premières randonnées.
- Pico – l’île du volcan mythique et des baleines.
- Faial – le spot parfait pour observer le volcan Capelinhos et profiter de la vie de port.
Voici une idée de circuit qui ressemble beaucoup au mien :
- Jour 1 à 5 : São Miguel – lacs de cratère, Furnas, Sete Cidades, Lagoa do Fogo, sources chaudes.
- Jour 6 à 9 : Pico – excursion baleines, grimper le Pico (si la météo le permet), villages de pierre noire.
- Jour 10 à 12 : Faial – cratère de la Caldeira, Capelinhos, ambiance marins de l’Atlantique.
Tu peux adapter en fonction de ton rythme, mais cette combinaison volcan + baleines + randos est parfaite pour un premier voyage nature aux Açores.
São Miguel : entre cratères, lacs et sources chaudes
À peine sortie de l’aéroport de Ponta Delgada, j’ai compris : ici, tout est vert. Pas un petit vert timide, non. Un vert profond, épais, presque fluorescent sous la brume. Bienvenue à São Miguel, le jardin volcanique de l’Atlantique.
Sete Cidades : marcher sur le bord d’un cratère
Sete Cidades, c’est LE paysage carte postale des Açores. Deux lacs, l’un vert, l’autre bleu, nichés dans un ancien cratère. La légende raconte qu’ils viennent des larmes d’une princesse et d’un berger amoureux… mais la réalité, c’est surtout un panorama qui donne envie de rester là, assis sur le muret, pendant des heures.
Mon moment préféré :
- Arriver tôt au mirador Vista do Rei, avant les bus et les voitures.
- Suivre le sentier qui longe la crête du cratère, avec d’un côté l’océan, de l’autre les lacs.
- Terminer la journée au bord du lac, dans le petit village de Sete Cidades, quand tout redevient calme.
Petit conseil : la météo est capricieuse. Si tu vois que c’est dégagé, fonce, même si ce n’est pas ce que tu avais prévu ce jour-là. Le brouillard adore s’inviter à la fête.
Furnas : là où la terre fume et où on cuit le repas dans le sol
Furnas, c’est un village posé dans une vallée très volcanique. Sous tes pieds, ça bout, ça gronde, ça fume… et les habitants ont décidé d’en faire une cuisine à ciel ouvert.
Au bord du lac de Furnas, j’ai vu des marmites enfoncées dans la terre, recouvertes de sable fumant. Quelques heures plus tard, ces mêmes marmites ressortent, et on te sert un cozido das Furnas : un plat de viandes et de légumes cuit à la chaleur du volcan. Goût unique, odeur de soufre comprise.
À ne pas rater à Furnas :
- Les caldeiras : ces marmites naturelles d’eau bouillante qui bouillonnent sans relâche.
- Les piscines thermales comme Poça da Dona Beija ou le parc Terra Nostra, pour se baigner dans une eau orangée riche en minéraux, en pleine végétation tropicale.
- Une petite randonnée sur les hauteurs du village pour dominer la vallée fumante.
Lagoa do Fogo : le lac qui se mérite
Le Lagoa do Fogo, c’est un lac de cratère niché dans les hauteurs de l’île. Le genre d’endroit où la météo décide parfois de tout cacher derrière un mur de nuages. J’y suis montée une première fois : mur blanc. Rien. Le néant. J’y suis retournée le lendemain matin : ciel dégagé, lac turquoise, colline tapissée de bruyère. Patience récompensée.
Si tu aimes marcher, il existe un très beau sentier qui descend jusqu’au bord du lac. Prends de bonnes chaussures, un coupe-vent, et de quoi te protéger du soleil… et de la pluie. Aux Açores, on peut avoir les quatre saisons en une heure.
Pico : l’île des baleines et du volcan mythique
Quitter São Miguel pour Pico, c’est changer d’ambiance. Ici, tout est plus minéral, plus brut. Des murets de pierre noire, des vignes qui poussent entre les blocs de lave, un cône volcanique parfaitement dessiné qui domine tout : le mont Pico, 2351 mètres de roche sombre qui transpercent les nuages.
Observer les baleines au large de Lajes do Pico
C’est à Pico que j’ai réalisé un petit rêve : voir des baleines dans leur élément. Lajes do Pico est un ancien village de chasseurs de baleines, reconverti en base pour l’observation respectueuse des cétacés.
Sur le bateau, on écoute le guide raconter l’histoire de ces hommes qui partaient en barque pour affronter des cachalots de 15 mètres. Aujourd’hui, on les observe à distance, grâce à des veilleurs postés sur les hauteurs de l’île. Ils scrutent l’horizon avec des jumelles géantes et guident les bateaux par radio.
Durant mon excursion, j’ai vu :
- Des cachalots – ces géants discrets qu’on devine d’abord par leur souffle vertical.
- Un groupe de dauphins tachetés jouant avec l’étrave du bateau.
- Et, cerise sur le gâteau, la silhouette fugace d’une baleine à bosse au loin.
Le temps s’est un peu arrêté. On parle à voix basse, on retient presque son souffle, comme si le moindre bruit pouvait faire disparaître ces colosses. Pour moi, c’est l’une des expériences les plus marquantes de ce voyage.
Astuce : choisis une compagnie sérieuse, qui respecte les distances et la tranquillité des animaux (les Açores sont globalement très régulées de ce côté-là, mais autant privilégier les structures engagées).
Gravir le mont Pico (ou le tenter)
Je vais être honnête : le mont Pico, ce n’est pas une petite balade digestive. C’est une vraie ascension, raide, longue, et souvent dans les nuages. Mais la récompense, par temps clair, est incroyable : tu domines l’Atlantique, et tu vois les silhouettes des îles voisines.
Quelques points importants avant de te lancer :
- L’ascension est régulée : il faut s’enregistrer, payer un droit d’accès, et le nombre de personnes sur le volcan est limité.
- Prévois de bonnes chaussures de randonnée : le terrain est rocailleux, avec de grosses pierres de lave.
- La météo change très vite, et peut rendre la montée dangereuse. Si les locaux te disent que ce n’est pas une bonne idée, écoute-les.
Je n’ai pas atteint le sommet à cause d’un mur de brouillard et de vents violents. Et tu sais quoi ? Ça fait partie du charme des Açores. Ici, c’est la nature qui décide.
Faial : entre cratère géant et paysages lunaires
Faial, c’est l’île des marins qui traversent l’Atlantique, mais aussi celle d’un volcan qui a façonné un paysage quasi lunaire : le Capelinhos. Pour relier Pico à Faial, un simple ferry suffit, et le trajet lui-même est déjà une petite croisière entre volcans.
La Caldeira : marcher au bord d’un gouffre vert
Au centre de Faial, une immense caldeira profonde de plusieurs centaines de mètres, tapissée de végétation, donne la sensation de marcher au bord d’un monde à part. Un sentier permet de faire le tour du cratère, avec vue sur la mer quand les nuages veulent bien se pousser.
Je me souviens du silence là-haut, juste troublé par le vent. Une bulle suspendue entre ciel et terre.
Capelinhos : l’éruption qui a agrandi l’île
Entre 1957 et 1958, le volcan Capelinhos est entré en éruption, recouvrant de cendres une partie de l’île et faisant naître une nouvelle portion de terre. Aujourd’hui, on marche sur ces paysages de cendres grises, avec un phare à moitié enterré comme témoin du passé.
Le site est fascinant :
- Un centre d’interprétation très bien fait explique l’éruption, avec archives, vidéos et maquettes.
- Des sentiers permettent d’explorer les pentes de cendres et d’approcher les bords de cette terre “nouvelle”.
- Le contraste entre la roche noire, l’océan bleu profond et le ciel changeant est saisissant.
On a l’impression d’être à la fois sur Mars et au bout du monde.
Randonnées sauvages et moments hors du temps
Entre deux volcans, j’ai surtout aimé ces moments sans programme précis, à suivre un sentier qui démarre dans un village, traverse des prairies, se faufile dans une forêts de cryptomérias, puis débouche sur une falaise avec vue sur l’océan. Les Açores, c’est un paradis pour les randonneurs qui aiment se laisser surprendre.
Quelques types de sentiers que j’ai adorés :
- Les chemins côtiers, avec des vues sur l’océan à couper le souffle et des descentes vers des piscines naturelles.
- Les randos entre lacs et cratères, comme autour de Sete Cidades ou du Lagoa do Fogo.
- Les sentiers ruraux, qui traversent des pâturages, longent des murets de pierre et croisent le chemin de quelques vaches curieuses.
Aux Açores, les randonnées sont généralement bien balisées (panneaux “PR” pour les sentiers officiels), mais la météo peut tout changer. Un chemin facile sous le soleil peut devenir glissant et brumeux une heure plus tard. Toujours partir avec :
- Un coupe-vent imperméable.
- Des chaussures de randonnée fermées.
- De l’eau, une petite collation, et un GPS ou une appli de cartes hors ligne.
Budget et infos pratiques pour un circuit aux Açores
Parlons concret. Les Açores ne sont pas la destination la moins chère de la planète, mais elles restent accessibles avec quelques astuces.
Vols et déplacements entre les îles
- Depuis l’Europe : des vols directs existent depuis plusieurs grandes villes (Lisbonne, Porto, parfois Paris selon la saison) vers São Miguel ou Terceira.
- Entre les îles : tu peux combiner vols intérieurs (rapides, pratiques) et ferries (plus lents mais souvent plus économiques et très beaux en termes de paysages).
- En haute saison, pense à réserver à l’avance, surtout si ton itinéraire est serré.
Se déplacer sur place
S’il y a bien un conseil que je peux te donner : loue une voiture. Les bus existent, mais les horaires sont limités, surtout pour accéder aux spots nature.
- Sur São Miguel : la voiture est presque indispensable pour rayonner entre l’est et l’ouest de l’île.
- Sur Pico et Faial : les distances sont plus petites, mais la voiture permet d’explorer à ton rythme, de t’arrêter où tu veux, quand tu veux.
Hébergements et budget quotidien
Côté budget, pour un voyage à petit budget mais confortable, prévois environ :
- 40 à 80 € / nuit pour une chambre double en guesthouse ou petit hôtel.
- 15 à 25 € pour un repas au restaurant (plat + boisson).
- 25 à 70 € pour une excursion baleines selon la saison et la compagnie.
- 20 à 40 € / jour pour une voiture de location, selon la période.
Tu peux réduire le budget en :
- Faisant quelques courses au supermarché pour pique-niquer pendant les randos.
- Réservant tes hébergements hors haute saison (juillet-août étant les mois les plus chers).
- Choisissant des îles moins touristiques si tu prolonges ton séjour (São Jorge, Flores, etc.).
Quand partir aux Açores ?
La météo est réputée imprévisible toute l’année, mais globalement :
- Mai à septembre : période idéale pour randonner et observer les baleines. Plus de soleil, mais plus de monde.
- Avril et octobre : bonne alternative, plus calme, parfois un peu plus humide.
Dans tous les cas, ne t’attends pas à une météo “parfaite” tous les jours. Ici, on voyage avec les nuages, la pluie, le vent et les éclaircies soudaines. C’est aussi ce qui fait le charme des Açores.
Voyager aux Açores en respectant cette nature exceptionnelle
Les Açores sont encore relativement préservées du tourisme de masse. C’est une chance, et une responsabilité. Pour que ces îles gardent ce côté sauvage qui fait tout leur attrait, quelques réflexes simples à adopter :
- Respecter strictement les sentiers balisés pour éviter l’érosion.
- Ne rien laisser derrière toi, même pas un mouchoir “biodégradable”.
- Choisir des excursions nature encadrées par des pros qui respectent la faune et la flore.
- Accepter que parfois, un spot soit dans le brouillard, impraticable ou fermé… et aller ailleurs, sans forcer.
Les Açores, ce sont des volcans vivants, un océan puissant, un climat capricieux. Ce n’est pas un parc d’attractions, et c’est tant mieux.
Un voyage qui reste longtemps en tête
Quand je repense à ce circuit aux Açores, ce ne sont pas seulement les paysages qui reviennent en mémoire, mais aussi les sensations : l’odeur de soufre à Furnas, la chaleur d’une source d’eau chaude un soir de pluie, le silence sur le bord d’un cratère, l’excitation de voir une nageoire de cachalot disparaître dans les profondeurs.
C’est un voyage pour ceux qui aiment la nature brute, les randos qui décoiffent, les ciels changeants, les routes qui serpentes entre océan et pâturages. Un voyage où l’on apprend vite à lâcher le contrôle, à s’adapter à la météo, à savourer chaque éclaircie comme un cadeau.
Si tu cherches une destination où marcher sur des volcans, observer des baleines et te perdre sur des sentiers sauvages, les Açores t’attendent. Et je te préviens : une fois que tu auras posé le pied sur ces îles au milieu de l’Atlantique, tu risques fort d’avoir envie d’y retourner… pour explorer les six autres.
